10 Novembre 2025
𝐵𝑒𝑙𝑒́𝑚, 𝑎𝑢𝑥 𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑙’𝐴𝑚𝑎𝑧𝑜𝑛𝑖𝑒. 𝐶’𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑚𝑒́𝑡𝑟𝑜𝑝𝑜𝑙𝑒 ℎ𝑢𝑚𝑖𝑑𝑒 𝑒𝑡 𝑣𝑖𝑏𝑟𝑎𝑛𝑡𝑒 𝑑𝑢 𝑛𝑜𝑟𝑑 𝑑𝑢 𝐵𝑟𝑒́𝑠𝑖𝑙 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑒́𝑙𝑒́𝑔𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑑𝑢 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑒𝑛𝑡𝑖𝑒𝑟 𝑠𝑒 𝑟𝑒𝑡𝑟𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑡, 𝑑𝑢 10 𝑎𝑢 21 𝑛𝑜𝑣𝑒𝑚𝑏𝑟𝑒 2025, 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑎 𝐶𝑂𝑃30, 𝑢𝑛 𝑠𝑜𝑚𝑚𝑒𝑡 𝑐𝑙𝑖𝑚𝑎𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑐ℎ𝑎𝑟𝑔𝑒́ 𝑑’𝑎𝑡𝑡𝑒𝑛𝑡𝑒𝑠, 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑟𝑎𝑑𝑖𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑒𝑡 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑢𝑟𝑔𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑟𝑎𝑟𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑎𝑡𝑡𝑒𝑖𝑛𝑡𝑒.
𝐷𝑒𝑝𝑢𝑖𝑠 𝑙’𝑒𝑢𝑝ℎ𝑜𝑟𝑖𝑒 𝑓𝑟𝑎𝑔𝑖𝑙𝑒 𝑑𝑒 𝑙’𝐴𝑐𝑐𝑜𝑟𝑑 𝑑𝑒 𝑃𝑎𝑟𝑖𝑠, 𝑙𝑒𝑠 𝐶𝑂𝑃 𝑠𝑒 𝑠𝑢𝑐𝑐𝑒̀𝑑𝑒𝑛𝑡, 𝑙𝑒𝑠 𝑟𝑎𝑝𝑝𝑜𝑟𝑡𝑠 𝑠𝑐𝑖𝑒𝑛𝑡𝑖𝑓𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑠’𝑒𝑚𝑝𝑖𝑙𝑒𝑛𝑡, 𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑟𝑜𝑚𝑒𝑠𝑠𝑒𝑠 𝑠’𝑎𝑐𝑐𝑢𝑚𝑢𝑙𝑒𝑛𝑡… 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑒́𝑚𝑖𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑖𝑎𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑜𝑢𝑟𝑠𝑢𝑖𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑡𝑟𝑎𝑗𝑒𝑐𝑡𝑜𝑖𝑟𝑒 𝑎𝑠𝑐𝑒𝑛𝑑𝑎𝑛𝑡𝑒. 𝐴̀ 𝐵𝑒𝑙𝑒́𝑚, 𝑙𝑎 𝑞𝑢𝑒𝑠𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑛’𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑑𝑒 𝑠𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑞𝑢𝑜𝑖 𝑎𝑛𝑛𝑜𝑛𝑐𝑒𝑟, 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑡𝑒𝑛𝑖𝑟 𝑒𝑛𝑓𝑖𝑛.
Par 𝗦𝗔𝗜𝗗 𝗝𝗮𝗳𝗳𝗮𝗿 — Analyste en Relations Internationales
Pour 𝗟𝗮 𝗩𝗼𝗶𝘅 𝗱𝗲 𝗹'𝗔𝗺𝗯𝗶𝗸𝘆
Belém (Brésil), le 21 novembre 2025
Pour la première fois, c'est au cœur de l'Amazonie brésilienne que se jouent les négociations climatiques mondiales. Un choix hautement symbolique : cette forêt tropicale, poumon de la planète et puits de carbone essentiel, cristallise tous les enjeux d'une urgence climatique qui n'est plus une menace lointaine, mais une réalité quotidienne.
Le constat brutal : 1,5°C dans le rétroviseur
La science est sans appel. En 2024, la planète a connu son année la plus chaude jamais enregistrée, franchissant 1,3°C de réchauffement depuis l'ère préindustrielle. Et 2025 continue de battre des records. Face à cette trajectoire alarmante, l'objectif emblématique de l'Accord de Paris — limiter le réchauffement à 1,5°C — ressemble de plus en plus à un mirage.
Les engagements actuels des pays sont dramatiquement insuffisants. Les contributions déterminées au niveau national (CDN) permettraient, dans le meilleur des cas, une réduction de seulement 10% des émissions d'ici 2030. Or, il en faudrait 60% pour rester sous les 1,5°C. Sans correction spectaculaire de trajectoire, nous nous dirigeons vers un réchauffement de 2,3 à 2,8°C d'ici la fin du siècle — un niveau catastrophique qui rendrait de vastes régions de la planète invivables.
Le président brésilien Lula l'a martelé : cette COP doit être celle de la "vérité". Fini les grands discours sans lendemain, les promesses non tenues. L'heure n'est plus à définir de nouveaux objectifs, mais à livrer sur ceux déjà fixés, comme l'a souligné Laurent Fabius, architecte de l'Accord de Paris.
1 300 milliards : le prix de la survie
Au cœur des négociations de Belém, un chiffre vertigineux : 1 300 milliards de dollars. C'est la somme annuelle que les pays en développement réclament d'ici 2035 pour financer leur transition écologique et s'adapter aux impacts climatiques déjà à l'œuvre. Non pas un caprice, mais une nécessité vitale, selon le rapport "Baku to Belém Roadmap" présenté par les présidences des COP29 et COP30.
Cette enveloppe colossale doit remplacer les maigres 300 milliards de dollars annuels promis à Bakou en 2024 — eux-mêmes loin d'être garantis. Car les pays du Sud, premières victimes d'une crise qu'ils n'ont pas provoquée, sont pris à la gorge. En 2024, ils ont versé 921 milliards de dollars d'intérêts sur leur dette, avec 61 pays consacrant plus de 10% de leurs revenus gouvernementaux au service de la dette — davantage qu'à la santé ou à l'éducation.
La feuille de route propose un cocktail de sources : banques multilatérales de développement, fonds climatiques, marchés du carbone, taxations internationales, coopération Sud-Sud. Mais la répartition reste floue. Qui paiera vraiment ? Les pays développés, responsables historiques du réchauffement, tentent de diluer leur responsabilité en appelant le secteur privé et les économies émergentes à mettre la main à la poche. Une stratégie qui suscite colère et défiance chez les nations les plus vulnérables.
Belém doit obtenir des feuilles de route de décaissement 2026-2030, avec des jalons annuels et des critères d'allocation priorisant l'adaptation et les pertes et dommages pour les pays les plus vulnérables. Sans calendrier contraignant, 1 300 milliards restera un slogan.
Trump, l'éléphant dans la pièce amazonienne
Comme une malédiction, Donald Trump hante cette COP30. Sitôt réinvesti en janvier 2025, le président américain a signé le retrait — pour la deuxième fois — des États-Unis de l'Accord de Paris. Qualifiant le texte d'"escroquerie injuste", il a annoncé relancer massivement la production de charbon, pétrole et gaz. Un camouflet pour le multilatéralisme climatique.
Le message est clair : la première économie mondiale, deuxième émetteur planétaire de CO2, tourne le dos à l'urgence climatique. Selon Carbon Brief, un second mandat Trump pourrait ajouter 4 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires aux émissions américaines d'ici 2030.
Paradoxalement, cette décision pourrait aussi galvaniser les autres acteurs. Plus d'une centaine d'élus locaux américains — gouverneurs, maires — seront présents à Belém, portant la bannière "America Is All In". Des États comme la Californie continuent d'investir massivement dans les renouvelables. Et à l'international, le vide laissé par Washington pourrait pousser l'Union européenne et la Chine à renforcer leur leadership climatique — si elles en ont le courage politique.
Une COP sous contraintes logistiques
Au-delà des enjeux diplomatiques, la COP30 fait face à des défis d'organisation inédits. Belém, ville de 1,5 million d'habitants en pleine Amazonie, peine à absorber le flot de dizaines de milliers de participants. Une crise du logement a éclaté, avec des prix d'hébergement explosant à des niveaux prohibitifs.
En août 2025, seuls 18 des 147 pays ayant répondu à une enquête onusienne avaient trouvé où se loger. Vingt-sept nations ont signé une lettre exigeant des solutions, certaines menaçant de boycotter l'événement. L'Autriche a annulé sa participation. Des habitants locaux ont été sommés de quitter leur logement pour faire place à des visiteurs fortunés. Deux navires de croisière amarrés servent d'hôtels de fortune.
Ces difficultés, aussi anecdotiques qu'elles puissent paraître, sont révélatrices d'un problème plus profond : l'inadéquation entre l'ampleur de la crise climatique et les moyens déployés pour y répondre.
L'Amazonie, symbole et victime
Le choix de Belém place sous les projecteurs internationaux un écosystème vital en première ligne du dérèglement climatique. L'Amazonie, plus grande forêt tropicale du monde, absorbe des milliards de tonnes de CO2 et régule le climat régional. Mais elle subit une déforestation massive, alimentée par l'agriculture intensive, l'élevage et l'exploitation minière.
Le Brésil, sous la présidence Lula, tente de redorer son blason écologique après les années Bolsonaro. Il propose notamment le "Tropical Forest Forever Facility", un fonds de 125 milliards de dollars pour rémunérer la conservation des forêts tropicales. Une initiative ambitieuse, mais qui peine à trouver des financeurs : le Royaume-Uni a déjà décliné d'y participer.
La COP30 entend aussi donner la parole aux peuples autochtones, gardiens traditionnels de ces écosystèmes. Leurs savoirs et pratiques sont désormais reconnus comme essentiels à la préservation de la biodiversité. Mais là encore, la rhétorique doit se traduire en actes : protections juridiques renforcées, titres fonciers, financements directs.
L'Europe, entre ambition et divisions
L'Union européenne arrive à Belém avec une contribution actualisée : -55% d'émissions en 2030 par rapport à 1990, avec un objectif indicatif de -66 à -72,5% en 2035 vers la neutralité carbone en 2050. Sur le papier, c'est ambitieux. Dans les faits, les divisions internes explosent.
Le Green Deal européen, fer de lance de la transition, est attaqué de toutes parts. Des gouvernements populistes le dénoncent comme un fardeau économique. L'Allemagne freine sur l'automobile électrique. La Pologne s'accroche au charbon. Et sur le financement climatique international, les Vingt-Sept peinent à s'accorder sur leur contribution collective.
La France, co-organisatrice avec le Brésil des célébrations du dixième anniversaire de l'Accord de Paris le 12 décembre 2025, se veut en première ligne. Mais elle aussi traîne des casseroles : poursuite de l'exploitation d'énergies fossiles via ses entreprises nationales, soutien bancaire et assurantiel aux projets polluants, négligence de ses territoires ultramarins en première ligne climatique.
Au-delà des fossiles : la fin de l'âge des hypocrisies
La décision historique de la COP28 "de transitionner hors des énergies fossiles" était un tournant. La COP30 doit en être la concrétisation. Les mots doivent maintenant se transformer en calendriers contraignants et en plans de sortie nationaux vérifiables.
Cela implique d'affronter de front le tabou des subventions aux énergies fossiles, qui se chiffrent encore en milliers de milliards de dollars annuels. Chaque dollar public investi dans le pétrole, le gaz ou le charbon est un coup de poignard dans le dos de notre avenir collectif. La COP30 doit acter un plan de suppression progressive et équitable de ces subventions, en réorientant ces fonds colossaux vers les énergies renouvelables et l'adaptation.
Des mesures sectorielles vérifiables sont nécessaires : fin des nouvelles centrales charbon non équipées, calendrier de fermeture des plus anciennes, normes de fuite obligatoires pour le méthane, cibles nationales sur les véhicules zéro émission, et objectifs d'efficacité énergétique de 4% par an minimum.
Le test de la solidarité mondiale
Au fond, la COP30 est moins un sommet technique sur les tonnes de CO2 qu'un test moral et politique de la solidarité internationale. Accepterons-nous que les pays les plus pauvres, qui ont le moins contribué au réchauffement, en paient le prix le plus élevé ? Trouverons-nous les mécanismes pour redistribuer les richesses nécessaires à une transition juste ?
Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, l'a répété : "Il en va de la survie de l'humanité". Ce n'est pas une formule rhétorique, mais un diagnostic clinique. Les catastrophes climatiques de 2024 — 320 milliards de dollars de pertes — ne sont qu'un avant-goût de ce qui nous attend sans action massive.
La COP30 n'est pas une énième conférence : c'est l'examen de rattrapage d'un système international qui a appris à parler climat plus vite qu'il n'a su le faire. Les signaux cumulatifs — transition loin des fossiles (COP28), nouveau cap financier (COP29), nouvelle génération de CDN (2025) — composent un triptyque cohérent. Ce qui manque, c'est la discipline d'exécution : des plans annuels, des instruments simples, des marchés carbone intègres, des moyens pour l'adaptation.
À Belém, dans la moiteur amazonienne, entre deux navires-hôtels bondés et des discussions qui s'éternisent, se joue peut-être l'une des dernières fenêtres d'action collective. Le président brésilien Lula a lancé un appel au "mutirão" — cet effort collectif brésilien où chacun apporte sa pierre. C'est exactement ce dont nous avons besoin : un effort total, coordonné, solidaire.
Mais entre les postures diplomatiques et les intérêts économiques nationaux, entre les rapports scientifiques alarmants et l'inertie politique, le fossé reste béant. Le verdict tombera dans quelques jours. Pour l'Amazonie, pour les îles du Pacifique menacées de submersion, pour les paysans sahéliens qui voient leurs récoltes brûler, pour nos propres enfants : l'horloge tourne. Et elle ne s'arrêtera pas.